La tâche était rude et difficile, car le cercueil, en chêne massif et doublé de plomb, était d'une extrême pesanteur. Mais la volonté froide et inébranlable de Marcof décuplait ses forces. Keinec l'aidait de tout son pouvoir.
Après un travail opiniâtre, l'extrémité du cercueil apparut enfin. Les deux hommes redoublèrent d'efforts. Marcof, laissant à son compagnon le soin de maintenir en équilibre le funèbre fardeau, quitta la corde, se glissa dans le caveau et poussa le cercueil de toute la vigueur de ses mains puissantes. Keinec l'attira à lui.
Certes, quiconque eût pu assister à ce spectacle, aurait cru à quelque effroyable profanation. L'ensemble de ces deux hommes ainsi occupés, offrait un aspect fantastique et lugubre. Travaillant dans ce caveau sépulcral à la pâle clarté de deux torches vacillantes qui laissaient dans l'obscurité les trois quarts du souterrain, on les eût pris pour deux de ces vampires des légendes du moyen-âge qui déterraient les corps fraîchement ensevelis, pour satisfaire leur infâme et dégoûtante voracité. Leurs vêtements en désordre, leur figure pâle, leurs longs cheveux flottants ajoutaient encore à l'illusion. Et cependant c'était l'amour fraternel qui conduisait l'un de ces hardis fossoyeurs; c'était l'amitié qui guidait l'autre!... Marcof voulait revoir les restes chéris de celui qu'il avait perdu. Keinec aidait Marcof dans l'accomplissement de ce pieux désir, parce que Marcof était son ami.
Encore quelques efforts et leur travail pénible allait être couronné de succès. Marcof voyant la bière maintenue par Keinec, se hissa hors du tombeau. Puis tous deux attirèrent le cercueil pour le déposer doucement à terre.
Malheureusement ils avaient compté sans le poids énorme du cercueil. A peine l'eurent-ils incliné de leur côté, que la masse les entraîna. Leurs ongles se brisèrent sur le coffre de chêne; le cercueil, poussé par sa propre pesanteur, fit plier leurs genoux. En vain ils firent un effort suprême pour le retenir, ils ne purent en venir à bout. La bière tomba lourdement à terre.
Marcof poussa un cri de douleur. Keinec laissa échapper une exclamation de terreur folle, et il recula comme pris de vertige, jusqu'à ce qu'il fût adossé à la muraille. C'est qu'en tombant à terre le cercueil, au lieu de rendre un son mat, avait semblé pousser un soupir métallique. On eût dit plusieurs feuilles de cuivre frappant, les unes contre les autres.
Keinec et Marcof se regardèrent. Ils frémissaient tous deux.
—As-tu entendu? demanda Keinec à voix basse.
—Quoi? Qu'est-ce que cela?
—L'âme du marquis qui revient!