A l'arrière du petit bâtiment, le dos appuyé contre la muraille du couronnement, se tenait debout, une main passée dans la ceinture qui lui serrait le corps, un homme de taille moyenne, aux épaules larges et carrées, aux bras musculeux, aux longs cheveux tombant sur le cou, et dont le costume indiquait au premier coup d'oeil le marin de la vieille Bretagne.
Depuis trois quarts d'heure environ que la brise se carabinait de plus en plus, ce personnage n'avait pas fait un seul mouvement. Ses yeux vifs et pénétrants étaient fixés sur le ciel. De temps à autre une sorte de rayonnement intérieur illuminait sa physionomie.
—Avant une heure d'ici, nous aurons un vrai temps de damnés! murmura-t-il en faisant un mouvement brusque.
Un petit mousse, accroupi au pied du mât d'artimon, se releva vivement.
—Pierre! lui dit le commandant.
—Maître, fit l'enfant en s'avançant avec timidité.
—Va te poster dans les hautes vergues. Tu me signaleras la terre.
Le mousse, sans répondre, s'élança dans les enfléchures, et avec la rapidité et l'agilité d'un singe, il se mit en devoir de gagner la première hune de misaine.
—Amarre-toi solidement, lui cria son chef.
Puis, marchant à grands pas sur le pont, le personnage s'approcha d'un vieux matelot à la figure basanée, aux cheveux grisonnants, qui regardait froidement l'horizon.