—Oui, oui, firent les paysans.
—Eh bien! celui qui emportait Yvonne sur son cheval, est l'un de ces hommes.
—Tu en es sûr? dit Marcof avec vivacité.
—Sans doute. Le jour de la mort de notre regretté seigneur, je les ai suivis tous les deux, et, caché dans les genêts d'abord, sur la corniche des falaises ensuite, j'ai entendu leur conversation presque tout entière. Ils parlaient d'enlèvement; mais je n'avais pas compris qu'il s'agissait de votre fille, père Yvon. Ce soir, en revenant de Penmarckh et au moment où je longeais la grève pour regagner la route, j'ai parfaitement reconnu le plus jeune des deux hommes dont je vous parlais. Il portait une femme dans ses bras. Comme j'étais dans l'ombre, il ne m'a pas vu, et avant que j'aie eu le temps de pousser un cri, il s'élançait dans une barque que montaient déjà deux autres hommes, et ils ont poussé au large... C'est alors que, la lune se levant, il m'a semblé reconnaître Yvonne. Je n'en étais pas certain néanmoins, lorsque leur conversation m'est revenue à la mémoire tout à coup, et j'ai pris ma course vers le village. En arrivant, les femmes m'ont appris qu'Yvonne avait disparu... Alors je n'ai plus douté.
—Et sur quel point de la côte semblaient-ils mettre le cap? demanda Yvon.
—Ils paraissaient vouloir prendre la haute mer, mais j'ai dans l'idée qu'ils s'orientaient vers la baie des Trépassés.
—Et moi j'en suis sûr! dit brusquement Marcof. Allons, mes gars, continua-t-il en s'adressant à Keinec et à Jahoua, en route et vivement. Je laisse ici mes hommes pour la garde du village, Bervic les commandera. Nous reviendrons probablement au point du jour. D'ici là, mes enfants, cachez le recteur, car vous pouvez être certains que les gendarmes reviendront.
Puis, prenant le tailleur à part, il l'entraîna au dehors.
—Tu as entendu toute la conversation de ces deux hommes? dit-il à voix basse.
—Oui.