—N'a-t-il donc été question que de cet enlèvement?...

—Oh non!

—Ils ont parlé du marquis, n'est-ce pas?

—Oui.

—Tu vas me raconter cela, et surtout n'omets rien.

Le tailleur raconta alors minutieusement la conversation qui avait eu lieu entre le comte de Fougueray et le chevalier de Tessy. Seulement la brise de mer, en empêchant parfois le tailleur de saisir tout ce que se communiquaient les cavaliers, avait mis obstacle à ce qu'il comprît qu'il s'agissait d'Yvonne dans la question de l'enlèvement. Le nom de Carfor, revenu plusieurs fois dans la conversation l'avait singulièrement frappé. En entendant prononcer ce nom, Marcof tressaillit.

—Carfor mêlé à toute cette infernale intrigue! murmura-t-il; j'aurais dû le prévoir. C'est le mauvais génie du pays! Merci, continua-t-il en s'adressant au tailleur; viens demain à bord de mon lougre, et je te remettrai l'argent que le marquis de La Rouairie te fait passer pour tes services.

Un quart d'heure après, Marcof, Keinec et Jahoua suivaient silencieusement la route des falaises, se dirigeant vers la crique où était amarré le Jean-Louis. Deux hommes seulement veillaient à bord, mais ils faisaient bonne garde, car les arrivants ne les avaient pas encore pu distinguer, que le cri de «Qui vive!» retentit à leurs oreilles et qu'ils entendirent le bruit sec que fait la batterie d'un fusil que l'on arme. Marcof, au lieu de répondre, porta la main à sa bouche et imita le cri sauvage de la chouette. A ce signal, un second cri retentit à quelque distance.

—Qu'est-ce que cela? fit Marcof en s'arrêtant. Ce cri vient de terre et je n'y ai laissé personne.

Puis, faisant signe de la main à ses deux compagnons de demeurer à la même place, il s'avança avec précaution en suivant le pied des falaises. Au bout d'une centaine de pas, il recommença le même cri quoique plus faiblement. Aussitôt un homme sortit d'une crevasse naturelle du rocher et s'avança vers lui. Marcof le regarda fixement, puis, lui tendant la main: