L'aile opposée à celle occupée par Diégo et les siens s'étendait vers le nord. Autrefois consacrée aux religieuses, elle ne contenait que des cellules étroites et sombres; c'est ce qui l'avait fait dédaigner par le comte. Seulement, celui-ci ignorait qu'au-dessous des étages des cellules s'élevant sur le sol, existait un second étage souterrain d'autres cellules plus étroites encore, et naturellement plus sombres que les premières. Rien, extérieurement, ne pouvait indiquer l'existence de ces sortes de caves organisées en habitation. Il fallait faire jouer un ressort habilement caché dans la muraille, pour découvrir la porte donnant sur l'escalier qui y conduisait. Du côté des souterrains, souterrains que le comte avait entièrement parcourus, aucun indice ne laissait soupçonner ces cachettes impénétrables. Le couvent de Plogastel, construit au moyen-âge par des moines et des gentilshommes entrés en religion, offrait le type complet de ces établissements mystérieux, où la partie des bâtisses s'élevant au soleil n'était pas toujours la plus importante. Ainsi, passages secrets, impasses, souterrains, prisons, oubliettes, s'y trouvaient à profusion et semblaient défier la curiosité.

Dans cet étage de cellules construites sous le sol, dans l'une de ces pièces obscures et étroites qui reçoivent toute leur lumière d'un petit soupirail artistement dissimulé au dehors par des arabesques sculptées dans le mur, se trouvait une belle jeune femme de trente à trente-cinq ans, aux yeux bleus et doux, aux blonds cheveux à demi cachés par une coiffe blanche. Cette femme portait l'ancien costume des nonnes de l'abbaye: la robe de laine blanche, la coiffure de toile blanche et la ceinture violette. Sous ce vêtement d'une simplicité extrême, la religieuse était belle, de cette beauté que les peintres s'accordent à prêter aux anges.

Agenouillée devant sa modeste couche surmontée d'un Christ en ivoire, elle priait dévotement en tenant entre ses mains un chapelet surchargé de médailles d'or et d'argent. A peine terminait-elle ses oraisons, qu'un coup frappé discrètement à la petite porte la fit tressaillir.

—Entrez! dit-elle en se relevant.

La porte s'ouvrit, et un homme de haute taille, enveloppé dans un ample manteau, entra doucement.

—Bonjour, mon ami, fit la religieuse en tendant à l'étranger une main sur laquelle celui-ci posa ses lèvres avec un mélange de respect profond et d'amour brûlant.

—Bonjour, chère Julie, répondit l'inconnu. Comment avez-vous passé la nuit?

—Bien, je vous remercie; et vous?

—Parfaitement.

—Vous vous accoutumez un peu à cette existence étrange que vous vous êtes faite?