Le vieux Jocelyn s'empressa de placer sur la petite table un frugal repas, bien différent de celui auquel avaient pris part les habitants de l'aile opposée du couvent. Le marquis offrit la main à la religieuse, et tous deux s'assirent en face l'un de l'autre. Jocelyn demeura debout, appuyé contre le chambranle de la porte, et, aux éclairs de joie que lançaient ses yeux, il était facile de deviner tout le bonheur qu'éprouvait le fidèle et dévoué serviteur. Le marquis se pencha vers la religieuse et lui fit une question à voix basse.

—Mais sans doute, Philippe, répondit-elle vivement; vous savez bien que vous n'avez pas besoin de ma permission pour agir ainsi...

Le marquis se retourna.

—Jocelyn, dit-il, depuis trois jours tu as partagé ma table.

—Vous me l'avez ordonné, monseigneur.

—Et madame permet que je te l'ordonne encore, mon vieux Jocelyn. Viens donc prendre place à nos côtés...

—Mon bon maître, n'exigez pas cela!...

—Comment, tu refuses de m'obéir?

—Monseigneur, songez donc qui je suis!...

—Jocelyn, dit vivement la jeune femme, c'est parce que M. le marquis se rappelle qui vous êtes, que nous vous prions tous deux de vous asseoir auprès de nous; venez, mon ami, venez, et songez vous-même que vous faites partie de la famille... Vous n'êtes plus un serviteur, vous êtes un ami...