—Bien, Julie! Merci, Jocelyn!
Et le marquis, après une légère pose, reprit avant de commencer sa lecture:
—L'époque à laquelle nous allons remonter est à peu près celle de ma naissance. Vous n'étiez pas au monde, chère Julie; vous n'étiez pas encore entrée dans cette vie qui devrait être si belle et si heureuse, et que j'ai rendue, moi, si tristement misérable...
—M'avez-vous donc entendue jamais me plaindre, pour que vous me parliez ainsi, Philippe? répondit vivement la religieuse en saisissant la main du marquis.
—Vous plaindre, vous, Julie! Est-ce que les anges du Seigneur savent autre chose qu'aimer et que pardonner?
—Ne me comparez pas aux anges, mon ami, répondit Julie avec un accent empreint d'une douce mélancolie. Leurs prières sont entendues de Dieu, et, hélas! les miennes demeurent stériles; car, depuis dix années, j'implore la miséricorde divine pour que votre âme soit calme et heureuse; et vous le savez, Philippe, vous venez de l'avouer vous-même, vous n'avez fait que souffrir longuement, cruellement, sans relâche!...
Le marquis baissa la tête et sembla se plonger dans de sombres réflexions. Enfin il se redressa, et prenant la main de Julie:
—Qu'importe ce que j'ai souffert, dit-il, si maintenant je dois être heureux par vous et près de vous...
—Un bonheur fugitif, mon ami. L'habit que je porte ne vous indique-t-il pas que j'appartiens à Dieu seul?
—Ne pouvez-vous être relevée de vos voeux?