Le capitaine appela Piétro.
—Nous retournons à la montagne, lui dit-il. Tu vas rester près de cet homme; demain nous reviendrons, et, s'il le veut, nous l'enrôlerons parmi nous. Il paraît vigoureux, ce sera une bonne recrue.
Quelques instants après, on servait à Marcof un mauvais dîner, et on lui donnait ensuite un lit plus mauvais encore. Mais, dans la position où se trouvait le marin, on n'a pas le droit d'être bien difficile. Il mangea avec avidité et dormit quinze heures consécutives. A son réveil, il se sentit frais et dispos. Piétro était près de lui; il entama la conversation. Le jeune Calabrais était bavard comme la plupart de ses compatriotes; il parla longtemps, et Marcof apprit qu'il avait été recueilli par une de ces bandes si redoutées de bandits des Abruzzes. N'ayant rien sur lui qui pût tenter la cupidité de ces hommes, il reçut cette confidence avec le plus grand calme.
Dans la journée, les bandits de la veille revinrent dans l'hôtellerie. Le chef, qui se nommait Gavaccioli, proposa, sans préambule, à Marcof de s'enrégimenter sous ses ordres, lui vantant la grâce et les séductions de l'état. Marcof hésitait.
Ce mot de bandit sonnait désagréablement à ses oreilles. Mais, d'un autre côté, il réfléchissait qu'il se trouvait sur une terre étrangère, sans aucun moyen d'existence. Son navire était perdu, ses compagnons avaient tous péri. Quelle ressource lui restait-il! Aucune. Cavaccioli renouvela ses offres. Marcof n'hésita plus.
—J'accepte, dit-il, à une condition.
—Laquelle?
—C'est que je serai entièrement libre de ma volonté quant à ce qui concernera mon séjour parmi vous.
—Accordé! fit le bandit en souriant, tandis qu'il murmurait à part: Une fois avec nous, tu y resteras; et si tu veux fuir, une balle dans la tête nous répondra de ta discrétion.
Marcof fut présenté officiellement à la bande et accueilli avec acclamations. Piétro, surtout, paraissait des plus joyeux. Marcof lui en demanda la cause.