—Rappelle-toi, ajouta-t-il avec énergie, que j'ai été corsaire et non pirate; que je sais me battre et non pas assassiner. J'ai honte et horreur de demeurer plus longtemps parmi des êtres de l'espèce de ceux qui m'entourent; demain je partirai.
—Tu insultes tes amis! s'écria le chef avec colère.
—Tu m'insultes toi-même en supposant que ces hommes me soient quelque chose!
A ces mots, prononcés à voix haute, des rumeurs et des cris menaçants s'élevèrent de toute part. Quelques-uns des bandits portèrent la main à leur poignard. Marcof leva la tête, croisa ses bras nerveux sur sa vaste poitrine et marcha droit vers le groupe le plus menaçant. En présence de cette contenance froide et calme, les bandits se turent. Marcof revint vers le chef.
—Tu m'as entendu? dit-il; demain soir même je partirai. Jusque-là, je ne t'obéirai plus.
Puis il s'éloigna à pas lents, sans daigner tourner la tête. Marcof avait l'habitude de se retirer vers le soir dans une sorte de petit jardin naturel situé au milieu des rochers. Une fontaine voisine, jaillissant d'un bloc de porphyre, entretenait dans ce lieu une fraîcheur agréable. La nature sauvage qui dominait ce site pittoresque en rehaussait encore la beauté. C'était là que, mollement étendu sur son manteau, le marin rêvait à la France, à ses compagnons, à ses combats passés, à son avenir dès qu'il aurait quitté la Calabre.
Le jour où eut lieu la scène dont nous venons de parler, Marcof, suivant sa coutume, s'était dirigé vers le lieu habituel de ses rêveries solitaires. La nuit venue, il prépara ses armes et se disposa à veiller, car il connaissait assez ses compagnons pour se défier d'une attaque.
Les premières heures se passèrent dans le calme et dans le silence; mais au moment où la lune se voilait sous un nuage, il crut percevoir un léger bruit dans le feuillage. Il écouta attentivement. Le bruit devint plus distinct; il résultait évidemment d'un corps rampant sur les rochers. Était-ce un serpent? était-ce un homme? Marcof prit un pistolet et l'arma froidement.
Sans doute le froissement sec de la batterie avait été entendu de celui qui se glissait ainsi vers le marin, car le bruit cessa tout à coup. Marcof attendit néanmoins, toujours prêt à faire feu. Enfin les branches s'entr'ouvrirent, et une voix amie fit entendre un appel. Marcof avait reconnu Piétro. Le jeune homme s'élança vivement près du marin.
—Que me veux-tu donc? demanda Marcof étonné des allures mystérieuses de son fidèle camarade.