—C'est bien, répondit le bandit en lui tendant le papier; voici le sauf-conduit que tu m'as demandé. A trente lieues d'ici environ tu trouveras la bande de Diégo; sur ma recommandation il te fournira les moyens d'aller où bon te semblera.
—Maintenant tu vas ordonner à tous tes hommes de rester ici; tu vas y laisser tes armes et tu m'accompagneras jusqu'à la route. Songe bien que je ne te quitte pas, et que lors même que je recevrais une balle par derrière j'aurais encore assez de force pour te poignarder avant de mourir.
Cavaccioli se sentait sous une main de fer; il fit de point en point ce que lui ordonnait Marcof. Piétro prit les devants, et tous trois quittèrent l'endroit où séjournait la bande. Arrivés à une distance convenable, Marcof lâcha Cavaccioli.
—Tu es libre, maintenant, lui dit-il. Retourne à tes hommes et garde-toi de la potence.
Cavaccioli poussa un soupir de satisfaction et s'éloigna vivement. Le chef des bandits ne se crut en sûreté que lorsqu'il eut rejoint ses compagnons. Quant à Marcof et à Piétro ils continuèrent leur route en s'enfonçant dans la partie méridionale de la péninsule italienne.
Marcof voulait gagner Reggio. Il savait ce petit port assez commerçant, et il espérait y trouver le moyen de passer d'abord en Sicile puis de là en Espagne et en France. Marcof avait la maladie du pays. Il lui tardait de revoir les côtes brumeuses de la vieille et poétique Bretagne. Tout en cheminant il parlait à Piétro de Brest, de Lorient, de Roscoff. Le Calabrais l'écoutait; mais il ne comprenait pas qu'on pût aimer ainsi un pays qui n'était pas chaudement éclairé par ce soleil italien si cher à ceux qui sont nés sous ses rayons ardents.
Bref, tout en causant, les voyageurs avançaient sans faire aucune mauvaise rencontre, se dirigeant vers l'endroit où se trouvait la bande de ce Diégo, pour lequel Cavaccioli avait donné un sauf-conduit à Marcof. Il leur fallait trois jours pour franchir la distance. Vers la fin du troisième, Piétro se sépara de son compagnon. Marcof se trouvait alors dans un petit bois touffu sous les arbres duquel il passa la nuit.
A la pointe du jour il se remit en marche. N'ayant rien à redouter des carabiniers royaux qui ne s'aventuraient pas aussi loin, Marcof quitta la montagne et suivit une sorte de mauvais chemin décoré du titre de route. Il marchait depuis une heure environ lorsqu'un bruit de fouets et de pas de chevaux retentit derrière lui.
Étonné qu'une voiture se hasardât dans un tel pays, Marcof se retourna et attendit. Au bout de quelques minutes il vit passer une chaise de poste armoriée traînée par quatre chevaux, et dans laquelle il distingua deux jeunes gens et une femme. La femme lui parut toute jeune et fort jolie. Puis Marcof continua sa route. Mais Piétro s'était probablement trompé dans ses calculs, ou Marcof s'était fourvoyé dans les sentiers, car la nuit vint sans qu'il découvrît ni le vestige d'un gîte quelconque ni l'ombre d'un être humain quel qu'il fût.
—Bah! se dit-il avec insouciance, j'ai encore quelques provisions, je vais souper et je coucherai à la belle étoile. Demain Dieu m'aidera. Pour le présent, il s'agit de découvrir une source, car je me sens la gorge aride et brûlante comme une véritable fournaise de l'enfer.