—Mais ne puis-je rien pour toi?
—Si fait, tu peux me rendre heureux.
—Parle donc!
—Je refuse la fortune et les titres que tu voulais me donner; mais j'accepte la somme qui m'est nécessaire pour fréter un navire, engager un équipage et reprendre ma vie d'autrefois.
—Fais ce que tu voudras, lui répondis-je; ce que j'ai t'appartient.
Le lendemain Marcof partit pour Lorient. Il acheta un lougre qu'il fit gréer à sa fantaisie, et trois semaines après, il mettait à la voile. Nous fûmes deux ans sans nous revoir. Pendant cet espace de temps, il avait parcouru les mers de l'Inde et fait la chasse aux pirates. Puis il retourna en Amérique et continua cette vie d'aventures qui semble un besoin pour sa nature énergique.
Chaque fois qu'il revenait et mouillait, soit à Brest, soit à Lorient, il accourait au château. Enfin, il finit par adopter pour refuge la petite crique de Penmarckh. Lorsque les événements politiques commencèrent à agiter la France et à ébranler le trône, Marcof se lança dans le parti royaliste. C'est là, chère Julie, où nous en sommes, et voici ce que je connais de l'existence et du caractère de mon frère.»
Un long silence succéda au récit de Philippe. La religieuse et Jocelyn réfléchissaient profondément. Le vieux serviteur prit le premier la parole.
—Monseigneur, dit-il, lorsque le capitaine est venu au château, il y a quelques jours, l'avez-vous prévenu de ce qui allait se passer?
—Non, mon ami, répondit le marquis; j'ignorais alors que le moment fût si proche, n'ayant pas encore vu les deux misérables que tu connais si bien.