—Et que devint Marcof? demanda-t-elle pour écarter les nuages qui assombrissaient le front de son époux.
—Je vais vous le dire, répondit Philippe en reprenant son récit.
Moins pour obéir à mon père que pour suivre les inspirations de mon coeur, je conjurai mon frère d'accepter une partie de ma fortune, et de prendre avec la terre de Brévelay le nom et les armes de la branche cadette de notre famille, branche alors éteinte, et qu'il eût fait dignement revivre, lors même que son écusson eût porté la barre de bâtardise. Mais il refusa.
—Philippe, me dit-il un jour que je le pressais plus vivement d'accéder à mes prières, Philippe, n'insiste pas. Je suis un matelot, vois-tu, et je ne suis pas fait pour porter un titre de gentilhomme. J'ai l'habitude de me nommer Marcof; laisse-moi paisiblement continuer à m'appeler ainsi. Si demain tu me reconnaissais hautement pour être de ta famille, on fouillerait dans mon passé, et on ne manquerait pas de le calomnier. Mes courses à bord des corsaires, on les traiterait de pirateries. Mon séjour dans les Calabres, on le considérerait comme celui d'un voleur de grand chemin. Enfin, on accuserait notre père, Philippe, sous prétexte de me plaindre, et nous ne devons pas le souffrir. Demeurons tels que nous sommes. Soyons toujours, l'un le noble marquis de Loc-Ronan; l'autre le pauvre marin Marcof. Nous nous verrons en secret, et nous nous embrasserons alors comme deux frères.
—Réfléchis! lui dis-je; ne prends pas une résolution aussi prompte.
—La mienne est inébranlable, Philippe; n'insiste plus.
En effet, jamais Marcof ne changea de façon de penser, et rien de ce que je pus faire ne le ramena à d'autres sentiments. Bientôt même je crus m'apercevoir que le séjour du château commençait à lui devenir à charge. Je le lui dis.
—Cela est vrai, me répondit-il naïvement; j'aime la mer, les dangers et les tempêtes; je ne suis pas fait pour vivre paisiblement dans une chambre. Il me faut le grand air, la brise et la liberté.
—Tu veux partir, alors?
—Oui.