—Le marquis de Loc-Ronan.
—Le marquis de Loc-Ronan! répéta Marcof qui vint tout à coup se placer en face de moi. Mais alors, si ce que vous me disiez était vrai, ce serait...
Il n'acheva pas.
—Votre père! lui dis-je.
—Et vous! vous?...
—Moi, Marcof, je suis ton frère!
Et j'ouvris mes bras au marin qui s'y précipita en fondant en larmes. Pendant deux semaines j'oubliai presque mes douleurs quotidiennes. Votre charmante image, Julie, venait seule se placer en tiers entre nous.
—Quoi! s'écria vivement la religieuse, auriez-vous confié à votre frère...
—Rien! interrompit le marquis; il ne sait rien de ma vie passée. Connaissant la violence de son caractère, je n'osai pas lui révéler un tel secret. Marcof, par amitié pour moi, aurait été capable d'aller poignarder à Versailles même les infâmes qui se jouaient de mon repos et menaçaient sans cesse mon honneur. Non, Julie, non, je ne lui dis rien; il ignore tout. Marcof aurait trop souffert.
Le marquis baissa la tête sous le poids de ces cruels souvenirs, tandis que la religieuse lui serrait tendrement les mains.