—Ne craignez rien, dit-il.

—Oh! je ne vous crains pas! répondit fièrement la Bretonne.

—Soit! mais ne me bravez pas non plus! N'oubliez pas, avant tout, que vous êtes en ma puissance!

—Et de quel droit agissez-vous ainsi vis-à-vis de moi? s'écria Yvonne avec colère et indignation, car le ton menaçant avec lequel Raphaël avait prononcé la phrase précédente avait ranimé les forces de la malade. De quel droit m'avez-vous enlevée à mon père? Savez-vous bien que pour abuser de votre force envers une femme, il faut que vous soyez le dernier des lâches! Et vous osez me menacer, me rappeler que je suis en votre puissance!

Le chevalier était sans doute préparé à recevoir les reproches d'Yvonne, et il avait fait une ample provision de patience, présumons-nous, car loin de répondre à la jeune fille indignée qui l'accablait de sa colère et de son mépris, il s'enfonça mollement dans le fauteuil sur lequel il était assis, et croisant ses deux mains sur ses genoux, il se mit à tourner tranquillement ses pouces.

En présence de cette contenance froide qui indiquait de la part de cet homme une résolution fermement arrêtée, Yvonne sentit son courage prêt à défaillir de nouveau. Elle se voyait perdue, et bien perdue, sans espoir d'échapper aux mains qui la retenaient prisonnière. Cependant son énergie bretonne surmonta la terreur qui s'était emparée d'elle. S'enveloppant dans les draps qui la couvraient, et se drapant pour se dresser, elle prit une pose si sublimement digne, que le chevalier laissa échapper une exclamation admirative.

—Corbleu! s'écria-t-il, la déesse Junon ne serait pas digne de délacer les cordons de votre justin, ma belle Bretonne!

—Monsieur, dit Yvonne dont les yeux étincelaient, si vous n'êtes pas le plus misérable et le plus dégradé des hommes, vous allez sortir de cette chambre et me laisser libre de quitter cet endroit où vous me retenez par la force!

—Peste! chère enfant! répondit Raphaël, comme vous y allez! Croyez-vous donc que j'ai fait la nuit dernière douze lieues à franc étrier et vidé ma bourse pour me priver aussi vite de votre charmante présence? Non pas! de par Dieu! vous êtes ici et vous y resterez de gré ou de force, bien qu'à vrai dire je préférerais vous garder près de moi sans avoir recours à la violence.

—Mais, encore une fois, s'écria la pauvre enfant, de quel droit agissez-vous ainsi que vous le faites? Où suis-je donc ici? Qui êtes-vous? Vous me retenez par la force, vous l'avouez! Vous violentez une femme et vous osez encore l'insulter! Au costume que vous portez, monsieur, je vous eusse pris pour un gentilhomme. N'êtes-vous donc qu'un bandit et avez-vous volé l'habit qui vous couvre!