Les forces lui étaient revenues avec l'espoir d'un moyen de salut. Elle alla jusqu'à la porte et écouta attentivement. Elle n'entendit rien qui pût l'inquiéter.
Alors, revenant à l'ouverture pratiquée dans le mur, elle s'avança doucement. Le bahut en s'écartant avait donné libre accès sur un escalier qui descendait dans les profondeurs du cloître. Seulement une obscurité complète ne permettait pas d'en mesurer la longueur. Mais Yvonne n'hésita pas.
Elle murmura une courte prière, se signa, et leva la cariatide qui pouvait déceler son moyen d'évasion, et posant le pied sur les premières marches, elle attira le bahut à elle. Le meuble vint reprendre sa place avec un bruit sec attestant la bonté du ressort. Yvonne s'appuyant contre la muraille commença à descendre.
L'obscurité, ainsi que nous l'avons dit, était tellement profonde que la jeune fille ne pouvait avancer qu'avec les plus grandes précautions. Trois fois elle trébucha sur les marches usées, et trois fois elle se releva pour continuer sa marche. Enfin elle atteignit le sol. Mais là son embarras fut extrême. Elle ignorait où elle se trouvait.
Elle avait bien deviné qu'elle était dans les souterrains de l'abbaye; mais où ces souterrains aboutissaient-ils? Elle ne le savait pas.
Les issues mêmes n'avaient-elles pas pu être comblées lorsqu'on avait expulsé les nonnes? Si cela était, ou même si la fièvre et la maladie empêchaient Yvonne de continuer à se traîner vers une ouverture praticable, une mort atroce l'attendait dans ce tombeau. Elle aurait à subir, sans espoir de salut, les tortures de la faim et de la soif. Un moment elle eut regret de sa fuite.
Puis l'image du chevalier s'offrit à elle, et elle se dit que mieux valait la mort, quelque lente et cruelle qu'elle fût, que d'être restée entre les mains de pareils misérables. Soutenue par cette pensée, elle s'engagea dans le dédale des souterrains.
Ce qu'elle redoutait encore, c'était que le secret qu'elle avait découvert fût à la connaissance des hommes qui l'avaient enlevée; car, si cela était, on se mettrait à sa poursuite dès qu'en pénétrant dans la cellule on s'apercevrait de son évasion. Cette autre pensée, plus effrayante que la perspective de la mort, lui rendit complètement le courage prêt à l'abandonner. Elle réunit le peu de forces qui lui restaient par une suprême énergie, et s'avança courageusement.
Elle erra ainsi pendant plusieurs heures, sans pouvoir se rendre compte du temps écoulé. Aucun point lumineux indiquant une ouverture ne brillait à l'extrémité des galeries qu'elle parcourait. Une sueur froide inondait son visage. A chaque pas elle trébuchait, et se soutenait à peine le long de la muraille humide. De distance en distance, ses pieds rencontraient des flaques d'eau bourbeuse creusées par les pluies qui, filtrant à travers le sol supérieur, rongeaient la pierre et pénétraient dans les galeries.
Elle enfonçait alors dans la vase en étouffant un cri de frayeur. Des hallucinations étranges s'emparaient de son cerveau. Peu à peu la fièvre redoublant d'intensité ramena avec elle le délire.