Une force factice la faisait encore avancer cependant, mais il était évident que celle force se briserait à la première secousse. Il lui semblait entendre tourbillonner et voir voltiger autour d'elle des monstres aux proportions gigantesques, des insectes hideux, des êtres aux formes indescriptibles qui l'étreignaient dans une ronde infernale. Des paroles confuses étaient murmurées à son oreille. Le souterrain tremblait sous ses pieds vacillants. Se sentant tomber, elle s'appuya contre le mur, et demeura immobile, la tête penchée sur son sein agité par la terreur et par la fièvre. Ses paupières alourdies s'abaissèrent, et un frissonnement agita tout son être.
—Mon Dieu! mon Dieu! j'ai peur, murmurait-elle d'une voix brisée et saccadée, et en se rendant si peu compte du sentiment qui faisait mouvoir ses lèvres, que le bruit des paroles qu'elle prononçait augmentait encore son trouble et son effroi en venant frapper son oreille.
Yvonne fermait les yeux, croyant échapper ainsi aux visions fantastiques que causait son imagination affolée; mais, loin de s'évanouir, ces visions devenaient alors plus effrayantes, et se transformaient pour ainsi dire en réalité; car, aux êtres fabuleux qu'il lui semblait entendre voltiger autour d'elle, se joignait le bruit véritable causé par ces myriades d'animaux, habitants ordinaires des endroits humides et délaissés.
Un moment la pauvre petite parut reprendre un peu de sentiment et de calme. Se soutenant toujours à la muraille, elle continua sa marche sans paraître se soucier des êtres immondes que le bruit de ses pas faisait fuir de tous côtés.
Deux fois elle poussa un cri de joie et se crut sauvée, car deux fois elle aperçut une lueur lointaine qui lui sembla être celle causée par la lumière du ciel pénétrant par une étroite ouverture. Ces lueurs successives émanaient de vers luisants rampant sur la voûte des galeries souterraines. Bientôt sa volonté et son énergie furent complètement épuisées, ses genoux tremblaient et vacillaient, les artères de ses tempes battaient avec violence et lui martelaient le cerveau. Tout à coup le point d'appui que lui offrait le mur lui manqua. Sa main ne rencontra que le vide. Incapable de se soutenir elle trébucha, chancela, perdit l'équilibre, et roula sur le sol en poussant un soupir. Elle avait perdu entièrement connaissance.
C'étaient les pas incertains d'Yvonne, c'était ce soupir exhalé de sa poitrine haletante que Jocelyn avait entendus. Le vieux serviteur, le corps penché, demeura immobile et silencieux, les traits contractés par l'épouvante. Prêtant l'oreille avec une attention profonde, Jocelyn écouta longtemps. Puis, n'entendant plus aucun bruit, il revint vers son maître.
—Eh bien? demanda le marquis.
—J'ignore ce qui se passe, monseigneur, répondit Jocelyn; mais je suis certain qu'il y a quelqu'un dans les galeries.
—Tu as entendu parler?
—Non, j'ai entendu marcher.