—Tu as la tête faible!
—Tu sais bien le contraire.
—Alors c'est une mauvaise disposition passagère!
—C'est possible. En attendant, j'ai laissé, je crois, à la belle enfant, tout le temps nécessaire pour mûrir mes paroles. Corpo di Bacco! j'ai dans l'idée que je vais la trouver docile comme une fiancée, et amoureuse comme une courtisane romaine!
—Tu vas à la cellule?
—De ce pas, mio caro.
Et Raphaël se dirigea vers la porte; mais à moitié chemin, il chancela, fit un effort pour se soutenir et tomba sur une chaise. Diégo suivait tous ses mouvements de l'oeil du tigre qui veille sur sa proie.
Hermosa, indifférente à ce qui se passait autour d'elle, trempait le petit doigt de sa main mignonne dans son verre à demi rempli et s'amusait à laisser tomber sur la nappe, déjà maculée, les gouttelettes brillantes du vin liquoreux que les rayons des bougies transformaient en perles orangées. Tandis que sa main droite se livrait à cet innocent exercice, la gauche s'approchait, en se jouant, du flacon qu'avait aux trois quarts vidé Raphaël. Agitant doucement la tête, elle lança un regard autour d'elle. Diégo lui tournait le dos, Raphaël avait la main sur ses yeux. Alors la belle figure de l'Italienne prit une expression sauvage et épouvantable: ses doigts fiévreux saisirent le flacon et l'attirèrent à la place de celui appartenant au comte de Fougueray. Puis une idée nouvelle lui traversa sans doute l'esprit, car ses traits se détendirent, et elle remit la bouteille devant le couvert de Raphaël. Les deux hommes n'avaient rien vu.
Diégo paraissait absorbé plus que jamais dans la contemplation de son compagnon, et celui-ci, pâle et la bouche crispée, était incapable de voir ni d'entendre. Le poison opérait rapidement, car la physionomie du chevalier se décomposait à vue d'oeil.
Cependant le malaise parut se dissiper un peu. Raphaël respira bruyamment, et, se relevant, essaya de gagner la porte; mais une nouvelle faiblesse s'empara de lui et le fit retomber sur un siège. Il passa la main sur son front humide de sueur.