—Tu vois bien que tu m'as empoisonné! s'écria Raphaël, qui, avec cette perception mystérieuse des sens qui résulte en général de l'absorption d'un poison végétal, avait entendu ces paroles. Tu m'as empoisonné! continua-t-il en tirant son poignard; mais nous allons mourir ensemble!

Et Raphaël essaya de s'élancer sur Diégo, mais un nouvel éblouissement la cloua à la même place. Hermosa s'était rapprochée de la porte.

—Va-t'en! lui dit vivement Diégo, va-t'en! et empêche Jasmin de pénétrer jusqu'ici.

Hermosa obéit avec un empressement visible.

—Si Raphaël pouvait le tuer avant de mourir! murmura-t-elle en entrant dans une pièce voisine.

Là, s'agenouillant sur un prie-Dieu:

—Sainte madone! exaucez ma prière! dit-elle avec onction; je promets une robe de dentelle à la vierge de Reggio!

Raphaël s'était relevé. Rassemblant ses forces, et soutenu par la suprême énergie du désespoir, par le désir de la vengeance, par la volonté d'entraîner avec lui son meurtrier dans la tombe, il marcha vers Diégo. Celui-ci connaissait trop la violence du poison qu'il avait fait prendre à Raphaël pour douter de son efficacité. Aussi ne cherchait-il qu'à gagner du temps.

Alors commença entre ces deux hommes un combat horrible à voir. L'un fuyait en se faisant un rempart de chaque meuble. L'autre, pâle, haletant, se soutenant à peine trébuchant devant chaque obstacle, essayait en vain d'atteindre son ennemi.

Le silence le plus profond régnait dans la pièce. On entendait seulement la respiration de chacun, l'une sifflante avec bruit, l'autre égale et sonore.