Diégo renversa avec intention les candélabres placés sur la table encore toute servie. L'obscurité ajouta à l'horreur de la situation. Devinant que son adversaire n'avait renversé les flambeaux que pour gagner plus facilement la porte de sortie et fuir, Raphaël s'appuya immobile contre le chambranle, serrant le manche de son poignard entre ses doigts humides et crispés.
Diégo fit quelques pas, se tenant toujours sur la défensive. Il avait pris sur la table un long couteau à lame courte et acérée qui avait servi à trancher un magnifique jambon de Westphalie. N'entendant Raphaël faire aucun mouvement, il le crut évanoui de nouveau. Alors il se dirigea rapidement vers la porte. Sa main, étendue, rencontra celle de son ennemi.
—Enfin! s'écria Raphaël en levant son poignard.
Et d'un bras encore assez ferme il frappa. Diégo, avec une présence d'esprit qui indiquait un sang-froid remarquable, se baissa vivement. Raphaël frappa dans le vide.
Alors Diégo, se relevant, saisit son adversaire dans ses bras, le souleva de terre et le renversa sur la dalle. Puis, entr'ouvrant vivement la porte, il s'élança en la retirant à lui. La clef, placée extérieurement, lui permit de la refermer. Une fois dans le corridor, il respira. Hermosa était en face de lui.
—Eh bien? demanda-t-elle.
—Il va mourir! répondit Diégo.
—Quoi! ce n'est pas encore fini?
—Je ne voulais pas répandre son sang.
—Parce qu'il avait été ton compagnon?