—Plus tard!

—De suite!

—Fais vite en ce cas.

—Cette demande de partage, mon cher, est un prétexte, dit Hermosa en souriant. Je n'ai pas peur que tu me trompes jamais; car nous avons trop besoin l'un de l'autre pour que tu songes à faire de moi ton ennemie. Ne t'impatiente pas! Si tout à l'heure j'avais voulu t'amener ici pour causer, tu aurais refusé! Je connais ton caractère gai et j'ai suivant mes appréciations. Maintenant que nous sommes seuls, oublie un moment la belle Yvonne, tu as trop d'esprit, et tu n'es plus assez jeune pour sacrifier ton intérêt à l'amour. Or, il s'agit de notre fortune, Diégo! de notre fortune que la mort de Philippe nous a enlevée tout à coup, et qu'il dépend de moi de nous rendre! Ah! tu es devenu attentif? Tu m'écoutes, maintenant!

—Sans doute! tu m'intrigues énormément. Parle vite.

—Oh! mon projet sera court à expliquer.

—Je t'écoute.

—La mort du marquis est tellement récente, continua Hermosa, qu'elle est à peine connue dans cette partie de la province, et que bien certainement on l'ignore à vingt lieues.

—Ceci est incontestable.

—Tu te rappelles, Diégo, lors de notre arrivée à Rennes, jadis ce que nous avons entendu dire de l'amour de Julie de Château-Giron pour Philippe de Loc-Ronan?