-Oui.
—Nous allons chez Carfor? fit Jahoua à son tour.
—Sans doute!
Et les deux rameurs se courbant sur leur banc, la barque fendait la lame et voguait avec la rapidité de la flèche. Keinec et Jahoua avaient leurs bras nus jusqu'à l'épaule. Marcof contemplait en souriant les muscles saillants de ces membres vigoureux.
—Courage, mes gars! reprit-il. Nagez ferme; nous arriverons promptement. Seulement, faisons nos conditions d'avance. Pour mener à bien un projet quelconque, il faut se concerter et combiner ses actions. Nous faisons là une expédition dangereuse. Les brigands qui ont enlevé Yvonne doivent se douter qu'on se mettra à leur poursuite; donc ils sont sur leurs gardes. Il y va de la vie dans ce que nous entreprenons.
Les deux jeunes gens firent en même temps un geste de dédain.
—Ah! continua Marcof, je sais que vous êtes braves tous les deux, et que vous ne craignez pas la mort. Ce n'est pas là ce que je veux dire. Comprenez bien mes paroles: elles signifient que, là où il y a danger de perdre l'existence, le plus courageux doit raisonner le péril. Souvenez-vous que, si nous nous faisions tuer tous les trois, notre mort ne rendrait pas Yvonne à son père; et c'est là le but de notre expédition. Rappelez-vous encore, mes gars, que, pour bien combattre, il faut à une réunion d'hommes, quelque petite qu'elle soit, un chef à qui l'on obéisse. Voulez-vous me reconnaître pour chef?
—Sans doute! répondit vivement Jahoua.
—Et toi, Keinec?
—Tu fus toujours le mien, Marcof; je t'obéirai.