—Carfor est un infâme! continua le marin avec véhémence. C'est un lâche, un misérable, un traître! Sais-tu ce qu'il a dit il y a cinq jours? ce qu'il a dit dans cette grotte de la baie des Trépassés, ce qu'il a dit en présence de trois hommes qui se croyaient bien seuls avec lui?
—Je ne sais pas, murmura Keinec qui, devenu plus calme, se rendait compte de toute la honte de l'action qu'il avait failli commettre.
—Il a dit que par toi il saurait mes secrets.
—Par moi?
—Oui; qu'il ferait de toi un espion et un délateur.
—Il a dit cela?
—J'en suis sûr.
—Comment le sais-tu?
—Un homme, chargé par moi de l'épier sans relâche, a tout entendu. Malheureusement la conversation n'a pas eu lieu que dans la grotte, et il n'a pu surprendre les paroles prononcées en plein air. Oh! Carfor et ceux qui le font agir ne savent pas qu'ils sont dans une main de fer, et que cette main est en train de se refermer sur eux. Ils ignorent ce que nous pouvons, nous autres, qui restons fidèles à notre roi! Mais comprends-tu, Keinec, ce que l'on voulait faire de toi? On voulait te conduire à assassiner lâchement un homme que tu hais, mais qui est brave et loyal, et que tu devais combattre face à face. On voulait t'amener à trahir celui que tu nommes ton ami! S'il avait réussi, pauvre malheureux! il aurait rendu ton nom infâme et méprisable! Assassin, traître et délateur, tu aurais été repoussé par tous les coeurs honnêtes. Il exploitait ton amour. Il te promettait Yvonne, et il faisait enlever la jeune fille pour le compte de quelque misérable qui lui payait largement sa complaisance. Il se servait de toi comme d'une machine inintelligente qu'il aurait peut-être désavouée plus tard. Dis, Keinec, comprends-tu?
Tandis que Marcof parlait, le jeune homme, pâle et les yeux baissés, écoutait en silence. Sa physionomie reflétait les sentiments tumultueux qui s'agitaient en lui. Quand Marcof eut achevé, il releva lentement la tête.