—Jure-moi que tout cela est vrai? fit-il
—Je te le jure sur mon honneur, et tu sais que je n'ai jamais menti!
Keinec, soutenant d'une main son aviron, se souleva sur son banc. Ses traits décomposés par la colère, offraient une expression de férocité effrayante.
—Eh bien! dit-il enfin en accentuant fortement ses paroles, moi aussi je fais un serment! Je jure devant Dieu et devant vous que Carfor souffrira toutes les tortures qu'il m'a fait souffrir! Je jure de verser son sang goutte à goutte! Je jure de hacher son corps en morceaux et de disperser ces morceaux sur le rivage, pour qu'ils soient dévorés par les oiseaux de proie!
—Je retiens ton serment, répondit Marcof; mais souviens-toi de celui que tu as prononcé tout à l'heure. Tu me dois avant tout obéissance, et tu n'agiras librement envers Carfor que lorsque je t'aurai délié moi-même. Jusque-là cet homme m'appartient.
—Oui! répondit sourdement Keinec.
Un moment de silence régna dans la barque.
—Et lorsque tu as eu manqué Jahoua, reprit Marcof, que s'est-il passé?
—Je me suis élancé sur lui, dit le fermier; nous avons combattu quelque temps sans trop d'avantage marqué. Enfin le cheval qui emportait Yvonne a passé; nous l'avons entendu, et comme il nous est venu à tous deux la même pensée, nous nous sommes arrêtés.
—Vous avez reconnu la jeune fille?