—J'obéis! dit Keinec en s'éloignant.
Jahoua, impatient, se tenait à genoux dans le canot, sa carabine à la main, prêt à sauter à terre. Keinec lui transmit les ordres de Marcof.
Tous deux conduisirent l'embarcation derrière un énorme bloc de rocher à moitié enfoui dans l'Océan. Le canot disparaissait complètement sous la masse de granit. Keinec l'amarra solidement.
—Que devons-nous faire maintenant? demanda Jahoua.
—Attendre Marcof! répondit Keinec, et veiller attentivement.
—Eh bien! aie l'oeil sur la mer, moi je me charge de la grève.
—Reste à l'ombre! que l'on ne puisse nous apercevoir d'aucun côté.
Et les deux jeunes gens, ne s'adressant plus la parole tant leur attention était absorbée par leurs propres pensées et par l'espérance de découvrir l'arrivée de Carfor, demeurèrent immobiles, les regards de l'un fixés sur l'Océan, ceux de l'autre sur la plage et sur les falaises. Pendant ce temps Marcof avait quitté la grotte, et s'était avancé vers ce sentier escarpé par lequel Raphaël et Diégo étaient jadis descendus dans la baie.
Marcof, pour ne pas être embarrassé dans ses mouvements, déposa sa carabine contre le rocher, affermit les pistolets passés dans sa ceinture, et consolida, par un double tour, la petite chaîne qui, suivant son habitude, suspendait sa hache à son poignet droit. Posant son pied dans les crevasses, s'accrochant aux aspérités des falaises, s'aidant, enfin, de tout ce qu'il rencontrait, il entreprit l'ascension périlleuse, et gagna la crête des rochers avec une merveilleuse agilité.
Une fois sur les falaises, il se jeta dans les genêts qui s'élevaient à quelque distance. Puis il écouta avec une profonde et scrupuleuse attention. Ce bruit vague qui règne dans la solitude arriva seul jusqu'à lui. Alors portant ses deux mains à sa bouche pour mieux conduire le son, il imita le cri de la chouette.