Trois fois, à intervalles égaux, il répéta le même cri. Après quelques secondes de silence, un sifflement aigu et cadencé se fit entendre au loin. Un rayon de joie illumina la figure de Marcof.

Dix minutes après le même sifflement se fit encore entendre, mais beaucoup plus rapproché. Marcof imita de nouveau le cri de l'oiseau de nuit et s'avança doucement dans les genêts en les fouillant du regard. Bientôt il vit les genêts s'agiter faiblement; puis l'extrémité du canon d'un fusil écarter les plantes.

Marcof fit un pas en avant et se trouva face à face avec un homme de haute taille, portant le costume breton, et dont le large chapeau était constellé de médailles de sainteté, et orné d'une petite cocarde noire. Un étroit carré d'étoffe blanche, sur laquelle était gravée l'image du sacré coeur, se distinguait du côté gauche de sa veste. Quoique vêtu en simple paysan, cet homme avait dans toute sa personne un véritable cachet d'élégance. Sa figure mâle et belle inspirait l'intérêt et la confiance. Une large cicatrice, dont la teinte annonçait une blessure récemment fermée, partageait son front élevé, et donnait à sa figure un aspect guerrier plein de charme. En apercevant Marcof il lui tendit la main.

—Je ne vous croyais pas de retour? lui dit-il.

—Je suis arrivé hier, répondit le marin. Le pays de Vannes et celui de Tréguier sont en feu!

—Je le sais! Vous avez vu La Rouairie?

—Il m'a fait dire par un ami de Saint-Tady qu'il ne pouvait se rendre à Paimboeuf.

—Et Loc-Ronan?

—On dit que le marquis est mort! répondit Marcof.

—Tué, peut-être?