—Des amis?

—Oui, sans doute. Je m'expliquerai plus tard.

—Pourquoi pas maintenant? dit Keinec.

—Parce que je ne suis pas assez sûr de vous deux.

—Je ne comprends pas vos paroles, Marcof.

—Tu ne comprends pas, mon brave fermier, ce qui se passe autour de toi? Écoutez-moi tous deux, et si vos réponses sont franches, nous nous entendrons vite. Vous avez vu ce soir ce qui a eu lieu à Fouesnan?

—Oui.

—Eh bien! dix communes se sont soulevées également à propos de leurs recteurs. Les paysans, traqués, se sont réfugiés dans les bois. Le pays de Vannes et celui de Tréguier sont en feu à l'heure qu'il est. Par toute la Bretagne la guerre éclate pour soutenir les droits du roi et ne reconnaître que sa puissance. Des chefs habiles et hardis conduisent les bandes qui, d'attaquées qu'elles étaient, attaquent à leur tour. Avant six mois peut-être, nous lutterons ouvertement contre les soldats bleus qui emprisonnent nos prêtres, détruisent nos moissons et incendient nos fermes. Dites-moi maintenant si, après avoir ramené Yvonne à son père, vous voudrez me suivre encore et combattre pour le roi et la religion?

—Je suis bon Breton, moi, répondit Jahoua; je n'abandonnerai pas les gars, et j'irai avec eux.

—Moi aussi, ajouta Keinec.