AUDIERNE.

Ainsi que l'avait fait remarquer Keinec, la brise était bonne, car le vent venait de terre. Le canot glissant rapidement sur la vague, doubla le promontoire de la baie et mit le cap sur Audierne, où Carfor avait dit avoir laissé Yvonne.

Marcof espérait obtenir là de précieux renseignements. Mais le destin semblait avoir pris à tâche de contrarier et de retarder les recherches des trois hommes en venant au secours des misérables qu'ils poursuivaient. A peine l'embarcation prenait-elle la haute mer qu'une saute de vent vint entraver sa marche. Une forte brise de nordouest souffla tout à coup.

Keinec et Jahoua usaient leurs forces en se couchant sur les avirons sans pouvoir gagner sur le vent debout qui se carabinait de plus en plus, suivant l'expression des matelots. Marcof était trop bon marin pour ne pas reconnaître qu'il deviendrait bientôt impossible de lutter contre la brise. Risquer de faire sombrer le canot eût été l'acte d'un fou.

—Il faut retourner à Penmarckh! dit-il.

—Retourner! s'écrièrent ensemble les deux jeunes gens.

—Eh! sans doute! que voulez-vous faire? Bientôt nous reculerons au lieu d'avancer. Virons de bord et retournons au Jean-Louis. La brise nous y portera promptement. Je ferai armer le grand canot; je prendrai avec nous douze hommes, et alors nous gagnerons sur le vent.

Keinec interrogea le ciel et poussa un profond soupir.

—Allons par terre! dit Jahoua.

—Nous arriverons une heure plus tard, répondit Marcof.