—Alors virons de bord.

—C'est ton avis, Keinec?

—Oui.

—Armez les deux avirons à tribord et attendons, car nous allons virer sons le vent, et la lame commence à être forte.

Ces ordres exécutés, l'embarcation, obéissant à l'impulsion du gouvernail, présenta d'abord le travers à la brise, puis tourna vivement sur elle-même.

—Larguez la toile mes gars, et laissons courir, dit Marcof.

Trois quarts d'heure ne s'étaient pas écoulés que le canot accostait le lougre. Le soleil s'élevait rapidement sur l'horizon. Marcof fit armer le grand canot, commanda les canotiers de service, et sans prendre le temps de descendre à terre il fit pousser au large.

La nouvelle embarcation était vaste et spacieuse, et pouvait aisément contenir trente hommes. Tenant admirablement la mer, et enlevée par douze avirons habilement maniés, elle luttait avec avantage contre le vent. Néanmoins, ce ne fut que vers l'approche de la nuit qu'elle parvint à gagner Audierne.

L'entrée du canot dans le petit port vient donc correspondre au moment où Jocelyn venait de reconnaître le chevalier de Tessy et le comte de Fougueray dans les habitants mystérieux de l'aile droite de l'abbaye de Plogastel, au moment aussi où Hermosa plaçait devant Raphaël la carafe de Syracuse contenant le poison des Borgia. Marcof, Jahoua, et Keinec se séparèrent pour aller aux renseignements.

Partout ils interrogèrent. Partout ils racontèrent brièvement la disparition d'Yvonne. Nulle part ils ne purent obtenir une seule parole qui les mît sur la trace des ravisseurs. Les deux jeunes gens étaient en proie au plus violent désespoir. Marcof seul conservait sa raison.