Le marquis prit la lettre que lui présentait Jocelyn et l'ouvrit. A peine en eut-il parcouru quelques lignes qu'il devint très-pâle.
—C'est bien, fit-il en s'adressant à Jocelyn. Faites entrer ces étrangers dans la salle basse; je vais descendre.
Jocelyn n'avait pas franchi le seuil de la porte que, se retournant vivement vers Marcof, le marquis ajouta:
—Il ne faut pas sortir par la grille.
—Pourquoi?
—Ne m'interroge pas! Tu sauras tout plus tard. Passe par l'escalier secret qui aboutit à ma chambre. Tiens, voici la clef de la petite porte qui donne sur les falaises... Pars vite!
—Qu'as-tu donc? demanda Marcof en remarquant la subite altération des traits du marquis.
—Va! je n'ai pas le temps de t'expliquer. Seulement souviens-toi de l'armoire secrète, et n'oublie pas ta parole.
Et le gentilhomme, serrant les mains du marin, s'élança vivement au dehors. Marcof, demeuré seul, resta quelques moments pensif, puis il sortit à son tour; il traversa un corridor, et, en homme qui connaissait bien les aîtres du château, il ouvrit une porte donnant sur une vaste chambre éclairée par les rayons de la lune. En traversant cette pièce, le marin s'arrêta devant un magnifique portrait de vieillard. Il inclina la tête, il murmura tout bas quelques paroles, une prière peut-être; puis s'approchant du cadre, il déposa un respectueux baiser sur l'écusson placé dans l'angle gauche du tableau. Cela fait, il ouvrit une autre porte, et il descendit les marches d'un petit escalier pratiqué dans l'épaisseur de la muraille.
Les deux étrangers que Jocelyn avait introduits dans la salle basse du château, d'après les ordres de son maître, y entraient à peine lorsque le marquis de Loc-Ronan se présenta à eux. Ils échangèrent tous trois un salut cérémonieux.