—Monsieur le marquis, dit l'un des deux personnages, nous devons faire un appel à votre indulgence; nous eussions dû arriver à une heure plus convenable, et nous l'eussions fait (ayant pris nos mesures en conséquence), si la tempête qui nous a assaillis dans la montagne n'était venue mettre une entrave à notre marche.
—Je joins mes excuses à celles du chevalier de Tessy, dit le second des deux étrangers en s'avançant à son tour.
—Je les reçois, comte de Fougueray, répondit le marquis avec une extrême hauteur.
Après cet échange de paroles, les trois hommes demeurèrent quelques moments silencieux. Le marquis froissait dans sa main droite avec une colère sourde la lettre que lui avait remise Jocelyn, et qui avait précédé l'introduction des deux gentilshommes. Enfin, se calmant peu à peu, il reprit:
—Je ne crois pas, messieurs, que vous ayez fait une centaine de lieues pour venir me trouver, sans un autre motif que celui d'en appeler à mon indulgence pour votre arrivée inattendue. Nous avons à causer ensemble; vous plaît-il que cela soit immédiatement?
—Nous craindrions d'être indiscrets et de vous fatiguer, répondit le chevalier de Tessy.
—Aucunement, messieurs. A cette heure avancée, nous n'en serons que moins troublés, et c'est, je crois, ce qu'il faut avant tout pour la conversation que nous allons avoir?
—Cette salle me paraît fort convenable, monsieur, dit le comte de Fougueray en regardant autour de lui. Seulement, notre souper ayant été des plus mauvais, je vous serais infiniment obligé de nous faire servir quoi que ce soit...
—Dites plutôt, interrompit brusquement le marquis, que vous connaissez la vieille coutume bretonne qui veut qu'un homme soit sacré pour celui sous le toit duquel il a brisé un pain.
—Quand cela serait?