—Je sais bien, mon gars; mais, vois-tu, dans tout cet amour-là, il y a quelque chose qui me met vent dessous vent dedans, c'est...

Marcof s'arrêta brusquement, comme si la crainte d'entamer un sujet pénible ou embarrassant lui eût fermé la bouche. Jahoua lui-même fit un signe d'impatience, et Yvonne, dont son fiancé tenait les deux mains, se recula vivement en rougissant et en baissant la tête. A coup sûr, les paroles du patron avaient éveillé dans leurs âmes un triste souvenir.

—Tonnerre! s'écria Marcof après un moment de silence, voilà la rafale qui redouble. La barre à bâbord, Bervic! Vieux caïman, tu ne gouvernes plus! continua-t-il en breton en s'adressant au marin chargé de la direction du lougre.

La tempête, en effet, prenait des proportions formidables. Un coup de tonnerre effrayant succéda si rapidement à l'éclair qui le précédait qu'Yvonne, épouvantée, se laissa tomber à genoux. Marcof saisit lui-même la barre du gouvernail.

—Largue les focs et les huniers! commandait-il d'une voix brusque et saccadée.

A cet ordre inattendu de livrer de la toile au vent dans cette infernale tourmente, les marins, stupéfaits, demeurèrent immobiles.

—Tonnerre d'enfer!... chacun à son poste! hurla Marcof d'une voix tellement impérieuse que ses hommes bondirent en avant.

Quelques secondes plus tard, le Jean-Louis, chargé de toiles, filait sur les vagues, tellement penché à tribord que ses basses vergues plongeaient entièrement dans l'Océan.

—Yvonne, reprit plus doucement Marcof en s'adressant à la jeune fille, je suis fâché que ton père t'ait conduite à bord...

—Et pourquoi cela, Marcof?