—Parce que le temps est rude, ma fille, et que, s'il arrivait malheur au Jean-Louis, le vieil Yvon ne s'en relèverait pas...

—Est-ce que vous craignez pour le lougre? demanda Jahoua.

—Il est entre les mains de Dieu, mon gars. Je fais ce que je puis, mais la tempête est dure et les rochers de Penmarckh sont bien près.

—Sainte Vierge! protégez-nous! murmura la jeune fille.

—Ne craignez rien, ma douce Yvonne, dit Jahoua en s'approchant d'elle; le bon Dieu voit notre amour et il nous sauvera. Si nous nous trouvons embarqués à bord du Jean-Louis, n'allions-nous pas faire un pèlerinage à la Vierge de l'Ile de Groix pour qu'elle bénisse notre union? Dieu nous éprouve, mais il ne veut pas nous punir..... nous ne l'avons pas mérité...

—Vous avez raison, Pierre, ayons confiance.

—En attendant, ma fille, reprit Marcof, va me chercher ce bout de grelin qui est là roulé au pied du mât de misaine. Là, c'est bien! Maintenant amarre-le solidement autour de ta taille; aide-la, Jahoua. Bon, ça y est; approche, continua le marin en passant à son tour son bras droit dans le reste de la corde à laquelle Yvonne avait fait un noeud coulant. Va! ne crains rien, si nous sombrons en mer ou si nous nous brisons sur les côtes, je te sauverai.

—Non, non, s'écria impétueusement Jahoua; si quelqu'un doit sauver Yvonne en cas de péril, c'est à moi que ce droit appartient...

—Toi, mon gars, occupe-toi de tes affaires, et laisse-moi arranger les miennes à ma guise. Yvon m'a confié sa fille, à moi, entends-tu, et je dois la lui ramener ou mourir avec elle.

—S'il y a du danger, Marcof, laissez-moi et sauvez-vous!... s'écria Yvonne.