—Il nous faut descendre jusqu'à la baie, n'est-ce pas?

—Oui; il nous attendra sur la grève même, et, grâce à la superstition qui fait de cet endroit le séjour des spectres et des âmes en peine, il est impossible que nous puissions être dérangés dans notre conversation...

—Allons, essayons de trotter, si toutefois nos chevaux peuvent avoir pied sur ces miroirs.

Et les deux cavaliers pressant leurs montures, les soutenant des jambes et de la main pour éviter un accident, allongèrent leur allure autant que faire se pouvait. Ils parcoururent ainsi une demi-lieue environ, toujours sur la crête des falaises. Enfin, arrivés à un endroit où un sentier presque à pic descendait vers la grève, ils mirent pied à terre, et, reconnaissant l'impossibilité où se trouvaient leurs chevaux d'effectuer cette descente périlleuse, ils les attachèrent à de gros troncs d'arbres dont les cimes mutilées avaient attiré plus d'une fois le feu du ciel.

—Nous sommes donc arrivés? demanda le chevalier.

—Il ne nous reste plus qu'à descendre.

—Mais c'est une opération de lézards que nous allons tenter là, mon cher!...

—Rappelle-toi nos escalades dans les Abruzzes, Raphaël, et tu n'hésiteras plus.

—Oh! je n'hésite pas, Diégo. Tu sais bien que je n'ai jamais eu peur.

—C'est vrai, tu es brave...