—Et défiant, ajouta le chevalier. C'est pourquoi je te prie de passer le premier.
—Tu te défies donc de moi, Raphaël?
—Dame! cher Diégo, nous nous connaissons si bien!...
Le comte ne répondit point; et, passant devant le chevalier, il se disposa à entreprendre sa descente. L'opération était réellement difficile et périlleuse. Il fallait avoir la main prête à s'accrocher à toutes les aspérités, le pied sûr, l'oeil ferme, et un cerveau à l'abri des fascinations du vertige pour l'accomplir sans catastrophe. Aussi les deux hommes, employant tout ce que la nature leur avait donné d'agilité, de force et de sang-froid, ne négligèrent-ils aucune précaution pour éviter un accident fatal. Enfin ils touchèrent la grève.
Ils étaient alors au centre d'une petite baie semi-circulaire, cachée à tous les regards par d'énormes blocs de rochers qui surplombaient sur elle, et qui, depuis la haute mer, semblaient une simple crevasse dans la falaise. Les vagues, même en temps calme, se brisaient furieuses sur cette plage encombrée de sinistres débris.
—C'est la baie des Trépassés? demanda le chevalier en regardant autour de lui.
—Oui, répondit le comte; et élevant le doigt dans la direction opposée, c'est-à-dire vers l'extrême limite de l'un des promontoires, il ajouta:—Voici l'homme auquel nous avons affaire.
En effet, debout et immobile sur un quartier de roc contre lequel déferlaient les lames, on apercevait un personnage de haute taille, la tête couverte d'un vaste chapeau breton, le corps entouré d'un vêtement indescriptible, assemblage étrange de haillons, la main droite appuyée sur un long bâton ferré.