—Tu ne nous as pas expliqué par quels moyens tu parviendrais à te renseigner toi-même?

—C'est bien simple. L'agent entre les deux marquis est Marcof.

—Oui; mais Marcof n'est pas facile à exploiter...

—C'est possible, citoyen; mais il a pour ami un garçon en qui il a une confiance absolue, et qui se nomme Keinec. Or, Keinec me dira tout, j'en réponds. Je le surveille à cet effet, et ce soir même il sera à moi.

—Très-bien! Seconde-nous, sois fidèle, et la patrie se montrera reconnaissante, reprit Billaud-Varenne.

Puis, s'adressant aux deux gentilshommes, il ajouta:

—Adieu, citoyens: je pars, je vous laisse; mais il est bien convenu que vous séjournerez encore trois mois dans ce pays. J'ai dans l'idée que le mois de septembre prochain nous sera favorable, à nous et à nos amis; et si nous frappons un grand coup à Paris, il est urgent que dans les provinces il y ait des têtes et des bras qui nous soutiennent.

En disant ces mots, qu'il accentua par un geste énergique, le futur terroriste salua lestement les trois hommes et s'éloigna. Il gravit, non sans quelque difficulté, un petit sentier, moins escarpé cependant que celui par lequel étaient descendus le comte et le chevalier, et situé au flanc opposé de la baie. Arrivé sur la falaise, il se retourna, salua de la main une dernière fois, et prit, selon toute apparence, la direction de Quimper. A peine eut-il disparu, que le chevalier, pressant le bras du comte pour l'entraîner à l'écart, lui dit à voix basse:

—Est-ce que tu comptes lui obéir, Diégo, et rester ici encore trois mois?

—Allons donc! quelle plaisanterie! Nous agirons pour notre compte et non pour le leur et pour celui de leur patrie bien-aimée, qu'ils ne songent qu'à ensanglanter.