—Yvonne quittera le pays! s'écria Keinec, et où donc ira-t-elle?
—Je te le dirai quand il sera temps.
—Je veux le savoir à l'instant même!
—Je ne puis te répondre.
—Il le faut cependant.
—Non! je ne le peux ni ne le veux faire!
Un long silence interrompit la conversation commencée. Carfor, plongé dans des rêveries profondes, paraissait avoir oublié la présence de Keinec. Le marin, lui aussi, réfléchissait à ce qu'il venait d'entendre. Enfin il releva les yeux sur le berger, et lui posant sa main nerveuse sur l'épaule:
—Ian Carfor, lui dit-il, il court de singuliers bruits sur ton compte! On prétend que tu trahis ceux qui te donnent leur confiance. On ajoute que tu jettes des sorts, que tu évoques le démon, que tu te fais un jeu des souffrances de tes semblables. Écoute-moi bien! Réfléchis, Ian Carfor, avant de vouloir faire de moi ta risée et ton jouet!... Tu me connais assez pour savoir que j'ai la main rude, eh bien! par la sainte croix, entends-tu? si tu me trompais, si tu me guidais mal, je te tuerais comme un chien!
Le berger haussa froidement les épaules.
—Si tu crains mes trahisons, répondit-il d'un ton parfaitement calme, agis à ta guise et n'écoute pas mes conseils... Qui donc te force à les suivre?... Si au contraire, tu veux te laisser guider par moi, il est inutile de proférer des menaces que je ne crains pas. Je t'ai dit ce que j'avais lu dans les astres. Maintenant décide toi-même. Tue Jahoua tout de suite! tue Yvonne avec lui! que m'importe?...