—Et si je t'obéis?

—Si tu m'obéis, Keinec, je te le répète, avant un an écoulé, celle que tu aimes sera ta femme!

—Eh bien! je t'obéirai; conseille ou plutôt ordonne!...

—Soit!... Le jour de la Soule tu t'attacheras à Jahoua, tu lutteras avec lui, et tu l'étoufferas dans tes bras!... T'en sens-tu la force?...

Keinec sourit. Promenant autour de lui un regard investigateur, il aperçut une longue barre de fer que la mer avait rejetée sur le rivage, et qui provenait, comme les débris au milieu desquels elle se trouvait, de quelque récent naufrage. Il se baissa sans mot dire, il ramassa la barre de métal et il retourna vers Carfor.

Alors il prit le morceau de fer par chaque extrémité, il plaça le milieu sur son genou, et il roidit ses bras dont les muscles saillirent et dont les veines se gonflèrent comme des cordes entrecroisées, puis il appuya lentement. La barre ploya peu à peu, et finit par former un demi-cercle. Keinec appuyait toujours. Bientôt les deux extrémités se touchèrent. Alors il retourna la barre ployée en deux, et, l'écartant en sens inverse, il entreprit de la redresser. Mais le fer craqua, et la barre se rompit en deux morceaux au premier effort. Keinec en jeta les tronçons dans la mer.

—Crois-tu que je puisse étouffer un homme entre mes bras? dit-il.

—Oui, certes!

—Seulement, peut-être Jahoua ne prendra-t-il point part à la Soule; il n'est pas de Fouesnan, lui...

—Il épouse une fille du village; il doit soutenir les gars du village ce jour-là.