—Nous sommes près du château.

—Oui, mais je ne respire plus; il me semble qu'un nuage épais descend sur mes yeux, qu'un cercle de fer rougi étreint mes tempes.

—N'auriez-vous pas la force d'arriver?

—Je vais essayer, Jocelyn, mais je ne le crois pas. Reste là, à mes côtés, ne me quitte plus.

—Non, monseigneur. Permettez-moi seulement de donner un ordre à Dominique.

Et Jocelyn s'adressant à l'un des domestiques de suite, lui commanda de courir au château, de faire atteler le carrosse et de venir en toute hâte au devant du marquis.

—Non! non! inutile! fit vivement celui-ci en arrêtant du geste le domestique qui rassemblait déjà les rênes de son cheval. Galopons plutôt, galopons!...

Et enfonçant les molettes de ses éperons dans le ventre de sa monture qui bondit en avant, le gentilhomme s'élança suivi de ses domestiques. Jocelyn se tenait botte à botte avec lui, ne le quittant pas des yeux. Il parcourut, en fournissant ainsi une course furieuse, la presque totalité de la distance qu'il avait encore à franchir pour gagner son habitation. Seulement, lui que l'on admirait d'ordinaire pour sa tenue élégante et la manière gracieuse dont il conduisait son cheval; lui qui passait à juste titre pour le meilleur écuyer de la province, il ne se maintenait plus que par un miracle d'équilibre, et, en termes de manége, il roulait sur sa selle. Pour gravir la petite montée qui conduisait au château, il fut même obligé, tant sa faiblesse était grande et ses douleurs aiguës, il fut même obligé, disons-nous, d'abandonner les rênes et de saisir à deux mains la crinière de son cheval.

Un tremblement convulsif agitait tous ses membres. En arrivant dans la cour, la force lui manqua complètement, il s'évanouit. Jocelyn n'eut que le temps de se précipiter pour le soutenir. Aidé des autres domestiques, il transporta le marquis, privé de sentiment, dans la chambre à coucher et il le déposa sur le lit. Au bout de quelques minutes, le gentilhomme ouvrit les yeux.

—Eh bien? murmura Jocelyn.