La conférence n'en finissant pas, maître Tom, qui mourait de faim, se crut autorisé à prendre quelque petite avance sur le repas futur.

Il grimpa sur la table.

Il inséra délicatement sa tête ronde dans l'ouverture du pot à lait, résolu à ne prendre du liquide bienfaisant que la largeur de sa langue, une petite langue rose, rude comme râpe.

Mais l'appétit lui vint en mangeant, ou plutôt en lappant, et il se mit à boire avec une effrayante avidité, enfonçant sa tête de plus en plus dans le pot à lait.

Quand il voulut la retirer, impossible.

La tête avait pu être introduite dans un certain sens, mais le col du pot se refusait absolument à la laisser sortir dans un autre sens.

De là, de la part de Tom, que le pot coiffait comme un casque, des efforts inouïs pour s'échapper — par la tête du moins — de l'impasse de faïence (ou de porcelaine) où il s'était si imprudemment engagé dans son avidité. On devine les effets qui peuvent résulter sur une table servie, des efforts d'un chat qui se croit perdu.

On devine les effets qui peuvent en résulter.

Il se produisit un cataclysme domestique tout à fait pittoresque, au point de vue de l'art, mais qui aurait mis la mort dans l'âme d'une bonne ménagère.

Il y eut, dans la cabine du lieutenant Coquillard, une espèce de bruyante avalanche, dont les flots roulaient des assiettes, un couteau, une fourchette, plus un chat empoté, crispant ses griffes sur une nappe qui cède et ne rompt pas, plus un coquetier, des œufs cassés et une honnête cafetière, perdant soudain le centre de gravité.