—Votre Altesse Royale connaît aussi le noble enfant qui le porte. À
Coblentz, il fut présenté à Monseigneur par son frère le vicomte de
Malincourt.
—Oui, je m'en souviens… Une physionomie intelligente et recueillie, le fils d'un des plus fidèles serviteurs du roi… Et c'est cet adolescent que vous allez exposer aux périls dont nous venons de parler?
—Il s'est offert lui-même à les affronter. Durant l'hiver qui vient de finir, il vivait auprès de moi, en Bavière, où je lui donnais l'hospitalité. C'est pendant son séjour dans ma maison, qu'à diverses reprises il m'a exprimé sa ferme volonté d'aller à Paris pour se rapprocher de ses parents, détenus à la prison des Carmes.
—C'est un trait rare de vaillance et d'intrépidité, observa Monsieur.
Le vidame d'Épernon continua:
—J'ai vainement essayé de combattre ce projet, en montrant au chevalier les innombrables difficultés qui se dresseraient sur sa route. Mais, n'ayant pu le dissuader de faire ce qu'il avait résolu, après m'être convaincu qu'il le ferait malgré tout, l'idée m'est venue d'utiliser pour la cause royale son voyage en France. Je lui ai donc fait connaître ce que j'attendais de lui. Il s'est engagé à me servir, et, dans ce but, il a appris de mémoire le texte précis des instructions que je suis maintenant tenu d'envoyer à mon neveu et à ses amis.
—Il faudra nous présenter le chevalier de Malincourt, Monsieur le vidame. Nous serons heureux de le féliciter et de l'assurer de notre bienveillance. Amenez-nous-le demain.
—C'est qu'il est là, reprît le vidame, en désignant la porte close qui ouvrait sur une galerie servant d'antichambre. Il est là, ainsi que l'homme qui doit l'accompagner à Paris et veiller sur lui. Cet homme, qu'on appelle Valleroy, est aussi dévoué à la maison de Malincourt que je le suis moi-même à la famille royale. Monseigneur le régent veut-il m'autoriser à lui présenter sur-le-champ le chevalier et son compagnon?
—Faites, Monsieur le vidame, faites, dit Monsieur.
M. d'Épernon alla ouvrir la porte, appela de la main, et Bernard parut, suivi de Valleroy, qui marchait à trois pas de lui, sans embarras ni timidité. Depuis qu'il s'était enfui de Coblentz et durant le séjour qu'il venait de faire en Bavière, divers changements s'étaient opérés dans la personne de Bernard. D'abord, il avait grandi de manière à pouvoir tromper sur son âge. Il n'avait pas encore atteint sa quatorzième année et semblait cependant l'avoir dépassée. L'ensemble de son corps restait grêle, mais sa taille, en s'allongeant, était devenue plus flexible et plus élégante. Dans l'enfant, elle laissait deviner ce que serait le jeune homme quand ses membres se seraient développés et fortifiés.