—Et tu viens de Coblentz?

—Oui, mon officier.

—Non pas à pied, j'imagine.

—Ma voiture est là.

—Eh bien, on va l'inspecter, ta voiture, et si elle ne contient aucun objet suspect, tu pourras entrer en ville, car tes papiers sont en règle.

Le colporteur sortit aussitôt. L'officier le suivit. Sur son ordre, deux soldats s'avancèrent pour procéder à l'inspection du fourgon dont le colporteur s'était empressé d'ouvrir les portes placées sur les côtés. On put voir alors, comme dans l'intérieur d'une boutique, tout un étalage de tricots, maillots, bas de laine et foulards couchés sur une étagère, ou suspendus à une tringle transversale, le tout en si bel ordre qu'il ne pouvait venir à l'idée qu'entre des marchandises si bien rangées, il y eût place pour quelqu'un des objets que l'officier avait qualifiés de suspects.

—C'est bon, laissez passer! dit ce dernier.

Le colporteur ferma sa voiture, et, se mettant à la tête du cheval qu'il prit par la bride, il pénétra dans la ville par une large rue que parcouraient en tous sens des piétons et des véhicules, au milieu desquels il se confondit. Pendant une demi-heure, il continua à avancer ainsi, regardant à droite et à gauche, comme s'il cherchait son chemin. Puis, lorsque, d'un rapide coup d'oeil, il eut constaté que, dans la foule qu'il traversait, personne ne l'observait, il s'arrêta. Il se trouvait alors devant l'église de Sainte-Gudule, au centre d'une vaste place. L'endroit, sans doute, lui parut propice au débit de ses marchandises, car il rangea sa voiture au long d'un mur et en détacha les auvents comme pour se préparer à exercer son commerce accoutumé. Mais, tout en feignant de mettre la dernière main à son étalage, il se penchait dans l'intérieur du fourgon, et parlant à demi-voix, il dit:

—Nous voici dans la citadelle, Monsieur le chevalier, vous pouvez vous montrer.

Sous une couverture jetée tout au fond du fourgon et dissimulée par les marchandises, un corps se dessinait. La couverture fut rejetée d'un brusque mouvement, et entre les tricots tendus sur les tringles apparut la tête fine et pâle de Bernard de Malincourt.