—As-tu un passeport, citoyen? lui dit le soldat. Est-il en règle? Dans ce cas, exhibe-le, afin qu'on voie d'où tu arrives.
—J'arrive de Coblentz, répondit le colporteur.
—De Coblentz! Mais, alors, tu es un émigré!… Et tu oses…
—J'ose parce que je ne suis pas un émigré. Voici ma carte de civisme qui prouve que je suis un bon Français, et voici un sauf-conduit qui établit qu'il y a déjà plusieurs mois j'ai été chargé par la municipalité d'Épinal d'une mission secrète en Allemagne.
Le soldat eut un geste de mépris. Il repoussa dédaigneusement les papiers que lui présentait le colporteur.
—Tu soumettras ces pièces au chef du poste, citoyen espion, fit-il.
Cette qualification ne parut pas offenser celui à qui elle s'adressait. Sans la relever, il entra dans le corps de garde et s'y trouva en présence de l'officier qui en avait le commandement. Il renouvela sa demande en montrant ses papiers. L'officier les prit et les parcourut.
—Quoique la sentinelle m'ait traité d'espion, dit le colporteur, je suis un ami désintéressé de la République une et indivisible, un défenseur de la liberté.
—Tu te nommes Joseph Moulette? demanda l'officier d'une voix brève.
—Joseph Moulette, d'Épinal, délégué de la municipalité de cette ville.