—Et nous-mêmes, ajouta Valleroy, nous vous sommes adjoints pour seconder vos efforts, si besoin est.

—Votre concours sera précieux et je l'accepte.

—Alors, marquez-nous ce que nous devrons faire, dit Bernard.

Guilleragues demeura pensif un moment, mais non immobile. Il faisait le tour de la chambre rasant la muraille comme pour s'assurer une fois de plus qu'elle ne présentait ni lézardes ni ouvertures quelconques. Il s'arrêtait devant la porte, y collait son oreille, s'attachant à épier les bruits affaiblis du dehors. Bientôt rassuré, il vint reprendre sa place entre Bernard et Valleroy et leur parla à voix basse.

—Écoutez-moi bien tous deux, afin que, si l'un de vous est empêché d'agir, l'autre puisse le suppléer. Dès que vous aurez pris à Bruxelles le repos qui vous est nécessaire, vous partirez pour Paris. En y arrivant, ou plutôt, quand vous vous serez mis en règle avec les autorités de votre section, et qu'en conséquence vous pourrez espérer de n'être ni surveillés, ni inquiétés, vous vous rendrez rue du Four Saint-Germain.

—Dans le voisinage de l'hôtel de Malincourt, remarqua Valleroy.

—Justement à deux pas de votre ancienne demeure. Monsieur le chevalier… Vers le milieu de cette rue, se trouvent les magasins d'un marchand de meubles nommé Grignan. Le nom est sur l'enseigne. Vous entrerez dans ces magasins et demanderez à parler au propriétaire. Lorsque vous serez en sa présence, seuls avec lui, vous lui direz: «Nous venons pour ce que tu sais.»

—Et que nous répondra-t-il? interrompit Bernard, que le langage de
Guilleragues intéressait comme un récit d'aventures.

—Il vous révélera la retraite où vit caché, depuis qu'il est rentré dans Paris, notre principal complice, M. de Morfontaine. Ce gentilhomme est mon ami. Vous lui réciterez les mêmes instructions qu'à moi, chevalier. Ensuite, il vous donnera les siennes que vous suivrez aveuglément.

—Mais nous-mêmes, demanda Valleroy, n'aurons-nous, aucun message à lui transmettre de votre part?