—Halte-là, vous autres! cria-t-il tout à coup.
Et comme les fuyards feignaient de ne pas l'entendre, il continua:
—C'est moi qui vous parle, moi Rigobert, sergent au 2e grenadiers.
Avancez à l'ordre.
Cette fois, son énergie en imposa à la bande. Ceux qui marchaient en tête s'arrêtèrent intimidés. Les autres suivirent leur exemple, et l'un d'eux s'avança, tête basse, vers Rigobert.
—D'où venez-vous? demanda ce dernier.
—Nous venons de Nerwinde, où nous nous sommes battus hier depuis le matin jusqu'au soir.
—C'est parce que vous vous êtes battus que vous n'avez plus de fusils?
—C'est parce que nous n'avions plus de poudre et que nos fusils nous gênaient.
—Ils vous gênaient pour courir, mauvais drôles! N'avez-vous pas de honte de fuir comme des lièvres devant les Autrichiens?
—Ils nous ont tué quatre mille hommes et fait six mille prisonniers.