—C'est donc vrai que Dumouriez est vaincu?
—Oui, vaincu, mais après une résistance héroïque… Il était nuit quand il a ordonné la retraite…
—Et c'est alors que vous l'avez abandonné, tas de lâches… Faites donc la guerre avec des clampins pareils… Vous êtes des volontaires, n'est-ce pas?
—Oui, sergent.
—Je m'en doutais. Des vieux soldats auraient déployé plus de courage.
Et maintenant, où allez-vous?
—Nous rentrons en France.
—Vous avez tort et vous feriez mieux de retourner là d'où vous venez! Ce que je vous en dis, c'est dans votre intérêt. Si vous passez la frontière, vous serez fusillés… La loi punit de mort la désertion devant l'ennemi.
Les fuyards hésitaient. Mais celui qui avait déjà parlé reprit:
—Alors, il faudra fusiller plusieurs milliers d'hommes…
Un geste d'indifférence compléta sa pensée. Il jeta les yeux sur ses compagnons, et derrière eux, sur la route qu'ils venaient de parcourir et par où s'avançaient en groupes d'autres fuyards dont les silhouettes lointaines allongeaient leur ombre dans la poussière.