Du revers de sa main, Valleroy essuya ses yeux, qu'aveuglaient les larmes. Puis il dit:

—Vous pouvez me laisser Nina. C'est moi qui suis Valleroy.

Les soldats se consultèrent. Quoique Valleroy leur fût inconnu, ils ne songeaient pas à mettre en doute sa parole, à laquelle la présence du sergent Rigobert donnait à leurs yeux une autorité indéniable et que confirmait la joie qu'avait manifestée Nina en retrouvant ses amis. Mais on eût dit qu'il leur en coûtait de se séparer d'elle, comme si, durant les quelques heures où elle avait reçu leurs soins, ils eussent appris à la chérir.

—Puisque vous la connaissez, dit enfin l'un d'eux, gardez-la.

—En vous la laissant, continua l'autre, nous ne faisons qu'obéir.

Très émus, ils se penchèrent sur Nina et, après l'avoir embrassée tour à tour, ils s'éloignèrent.

—Nous ne nous séparerons plus, ma chérie, s'écria alors Bernard; désormais, tu resteras avec nous. Seulement, il ne faut plus m'appeler M. le chevalier. Je suis ton ami Bernard.

Le sergent Rigobert avait entendu, et, s'adressant à Valleroy:

—Cela vaudra mieux, fit-il. J'avais bien compris que ce petit-là n'est pas plus colporteur que je ne suis gentilhomme. Et cela ne m'empêche pas de déclarer que c'est un aimable enfant et d'être tout prêt à me faire trouer la peau pour lui. Mais, maintenant que nous allons entrer en France, il ne serait pas bon que d'autres découvrissent ce que j'ai découvert.

—Vous êtes un brave homme, sergent, répondit Valleroy, en secouant la main de Rigobert. C'est égal, ajouta-t-il en souriant tristement, me voilà, quoique célibataire, avec deux enfants sur les bras!