—Que me veut-on?

—Citoyenne, des soldats viennent d'entrer dans la cour.

—Ont-ils des intentions hostiles?

—Je ne le crois pas, citoyenne. Ils escortent un fourgon qui vient de Bruxelles et qu'ils conduisent à Paris. Avec eux, se trouvent un homme et deux enfants qui demandent à vous parler.

—S'ils viennent de Bruxelles, ils m'apportent des nouvelles de mon frère! s'écria-t-elle. Je vais les recevoir.

À son appel, le page sur lequel elle avait coutume de s'appuyer accourut. Avec son aide et celui de sa canne, elle descendit au rez-de-chaussée, traînant avec des allures de prêtresse sur les marches du monumental escalier les lourds falbalas de sa toilette de maison. Quand elle fut sur le perron, elle regarda.

Au milieu de la cour était une lourde voiture attelée d'un seul cheval encore suant de sa longue course. Autour de la voiture se tenaient six grenadiers qui venaient de mettre leurs fusils en faisceaux, et, près d'eux, un homme vêtu comme un marchand de campagne, tenant par la main un jeune garçon et une petite fille.

—Est-ce à la citoyenne Jussac que vous désirez parler? demanda-t-elle à haute voix, en enveloppant d'un regard hautain et défiant la troupe immobile.

—À elle-même, répondit l'homme qui tenait les enfants.

—Alors, je t'écoute, citoyen.