Rigobert n'était pas insensible aux attraits d'un verre de vin. Mais, soldat avant tout, il s'en tenait aux devoirs de son état et à la discipline. Il comprit que, s'il ne faisait pas acte d'autorité, quelque incident grave allait se produire. D'un violent coup de coude, il se dégagea de ceux qui l'environnaient, et d'un ton de commandement:

—En voilà assez, déclara-t-il; je ne connais que ma consigne. J'accepte volontiers de boire avec vous, mais à la condition que personne ne restera sous la remise et qu'on en fermera les portes.

Son accent et son attitude en imposèrent à la bande, et cette fois il fut obéi. Les portes de la remise closes, il y mit un de ses grenadiers en faction, et alors seulement il consentit à entrer dans le cabaret. Comme il allait en franchir le seuil, Valleroy s'approcha et lui dit à voix basse:

—L'enfant et moi avons autre chose à faire qu'à t'attendre, sergent. Je te confie l'équipage, pour lequel tu trouveras bien un conducteur parmi ces braillards. Je compte sur toi pour le faire ramener ici, quand les caisses qu'il contient seront déchargées. Je reviendrai demain pour le chercher. Tu me feras connaître par l'homme que tu en auras constitué le gardien où je peux te revoir.

—Compris, répondit simplement Rigobert.

Il se laissa entraîner chez le marchand de vin, où le suivit la foule, tandis que Bernard et Valleroy, profitant de ce que personne ne s'occupait d'eux, s'éloignaient à grands pas dans la direction de l'hôtel de ville. À d'autres époques et à plusieurs reprises, Valleroy était venu à Paris, appelé par son maître. Il connaissait donc suffisamment la ville pour s'orienter.

—Avant tout, dit-il à Bernard, nous allons nous rendre à l'hôtel de Malincourt. Il est probable que le suisse Kelner pourra nous renseigner sur le sort de M. le comte et de Mme la comtesse et nous fournir les moyens d'arriver jusqu'à eux.

Mais Bernard semblait soucieux et garda le silence.

—As-tu entendu ce que disait à Rigobert l'homme de tout à l'heure? demanda-t-il tout à coup.

—Que disait-il?