—Si tu le sais, ton devoir est de le dire, continua un troisième.
La situation se compliquait. Ne sachant quel parti prendre, Rigobert regardait Valleroy comme pour lui demander conseil. Mais Valleroy, résolu, au moment où il entrait dans Paris, à ne se laisser détourner sous aucun prétexte du but qu'il poursuivait en y venant, affectait de ne pas comprendre la question muette du sergent et paraissait très occupé à contenir son cheval qui se cabrait, effrayé par la foule. Alors Rigobert prit un grand parti.
—Ce que je pense, résultat de ce que je sais et de ce j'ai vu, je ne dois le dire qu'aux membres du Comité de Salut public. Mais je ne refuse pas de vous raconter les incidents de la bataille. Seulement, je vous ferai observer qu'il est 11 heures et que depuis le petit jour nous sommes en route et à jeun.
—Viens te réconforter, sergent, toi et tes braves compagnons, s'écria l'orateur qui avait parlé au nom du peuple. Puis tu nous raconteras la bataille et nous te laisserons ensuite poursuivre ton chemin, ou plutôt nous t'accompagnerons jusqu'à la place de l'Hôtel-de-Ville, où doit fonctionner aujourd'hui la guillotine.
Sans attendre la réponse de Rigobert, il prit le cheval par la bride et le fit entrer sous une remise qui se trouvait en cet endroit, à côté d'une boutique de marchand de vin.
Bernard se pencha sur Valleroy.
—Si ces gens-là nous retiennent longtemps ici, j'en deviendrai fou, murmura-t-il d'un accent désespéré. J'ai hâte d'arriver à la prison des Carmes, de voir mes parents ou d'avoir de leurs nouvelles.
—Mon impatience est égale à la tienne, mon enfant, répondit Valleroy; mais gardons-nous de nous trahir. Descendons d'abord en feignant la résignation. Je vais aviser aux moyens de nous délivrer.
Ils mirent pied à terre au milieu de la cohue qui s'agitait aux abords de la remise. À ce moment, la foule poussait vers le cabaret Rigobert qui se débattait, ne voulant pas s'éloigner du fourgon sans y laisser un factionnaire.
—Que redoutes-tu, lui criait l'orateur de la bande, que redoutes-tu, puisque ta voiture reste sous la garde du peuple?