—Où sommes-nous?
—Dans un asile sûr, où tu recevras des soins et où tu pourras guérir.
—Ai-je donc été malade?
—Très malade et tu l'es encore assez pour que j'aie cru nécessaire de mander un médecin. Il va venir.
Bernard s'était soulevé, regardait avec surprise autour de lui.
—Mais nous sommes à l'hôtel de Malincourt, s'écria-t-il… Je me reconnais dans la chambre de… Je me souviens… je me souviens… Papa, maman!… Au secours! Ils sont morts, morts, morts…
Et, renversé sur l'oreiller, il y enfonçait son visage, tandis que de nouveau une convulsion tordait ses membres.
Heureusement, Kelner et Rose revenaient, amenant avec eux le P. David. Valleroy vit entrer un vieillard septuagénaire, aux traits fins, au regard à la fois énergique et doux, cassé, maigre, ridé, et dont cependant les allures révélaient la force comme sa parole révélait une indomptable volonté. Vêtu ainsi qu'un artisan, rien en lui ne trahissait son caractère ecclésiastique, et personne n'eût deviné qu'il avait porté la robe noire des Bénédictins. En route, Kelner lui avait confié le nom et l'histoire de Bernard. Elle était émouvante, cette histoire. Mais le P. David avait vu, depuis trois ans, se dérouler tant de péripéties sanglantes; il vivait en butte à tant de redoutables périls, que, toujours prêt à mourir, il était cuirassé contre les émotions qui altèrent le sang-froid. Ce fut donc avec son entière présence d'esprit qu'il examina Bernard.
—Ce n'est qu'une crise passagère, dit-il à Valleroy. Nous en aurons promptement raison. Cet enfant a besoin de pleurer. Il faut qu'il pleure. Les larmes le soulageront. Laissez-moi seul avec lui. Je vous appellerai quand j'aurai besoin de vous.
Sa parole inspirait confiance. Personne ne songea à protester, moins encore à désobéir, et tandis que, s'asseyant au chevet de Bernard et lui prenant les mains, il commençait à prononcer des paroles consolantes, Valleroy, Rose et Kelner se retirèrent pour aller attendre dans le logement du suisse que le P. David les appelât.